Bref, vous êtes en Inde !

Tout commencera sans doute par un chai, ce thé aux épices à base de lait qu’on consomme à la volée un peu partout. Frais, propre et reposé, on s’installera sur le bord du Gange en regardant la vie défiler.
Un buffle nous accueillera d’un long meuglement qui en dit long sur son état de pensée. Attaché à une corde, celui-ci regarde une jolie vache à bosse s’installer près d’un feu de bois. Des flammes de deux mètres dans lesquelles gît un corps humain enveloppé dans un drap blanc.
Pendant près de trois heures, le bûcher se consommera devant le regard sans larme des proches du défunt. Tous des hommes. Les femmes, elles, restent chez elles pour pleurer l’être cher.
Un homme armé d’un bambou repositionne une jambe qui peine à brûler sur le bucher d’en face. Celui-ci flambe depuis plus d’une heure, des réajustements sont donc nécessaires pour assurer une crémation complète. Un peu comme tonton René quand il réanime son feu de cheminée.  

Le cul dans l’eau, un chien observe deux types en gilet jaune, l’équipe de nettoyage, qui ramassent fleurs, civière en bambous et draps jaunes or, tous les accessoires accompagnant le mort avant sa crémation, laissés là, sur le bord du fleuve. Une petite chienne y a aussi trouvé sa place, mordillant avec bonheur un petit os carbonisé. Un reste humain qui n’a pas complètement brûlé.

Oui, vous voici à Varanasi, ville sainte postée le long du Gange au nord de l’Inde. Ici défilent les morts de tous le pays, brûlés au bord du fleuve sacré de Shiva, Dieu vénéré. La vie s’achève ici, l’âme reprend sa liberté et le corps, simple carcasse vide, est rendu à la Terre, réduit en quelques cendres. 
Des centaines de morts par jour transitent dans la ville pour leur dernier voyage. Qui en a les moyens portera son être cher vers la ville Sainte, sa destination finale, et ce dans les 24h suivant sa mort.
24h, période pendant laquelle l’âme quitte son véhicule charnel, étape capitale pour assurer sa libération vers le paradis, la paix éternelle. A défaut, l’esprit défunt se réincarnera, tel un cycle qui ne cesse de se répéter.

Voilà, c’est ici même qu’on boit son chai, en observant les morts vivre leur ultime voyage.
Baignée dans le Gange, la dépouille est ensuite positionnée sur un bûcher, puis mise à feu par le plus proche homme de la famille, crane rasé et vêtu d’un pagne blanc. Des herbes sèches en main, celui-ci enflamme son flambeau auprès du feu sacré de Shiva, un feu qui ne cesse de brûler depuis 3500 ans.
200 kilos de bois et 3h de temps sont nécessaires pour une complète crémation. Chants traditionnels et sons de cloches sont aussi là pour sacraliser l’instant.
Quant aux cendres et autres restes, tous finiront dans le Gange, sacré malgré lui.

Je me souviens de ce type qui me disait, sûr de lui : « Je n’aime pas Varanasi. Ca pue, ça sent la mort et c’est sale !» – je comprends désormais que cette personne n’avait juste rien compris.
Si le voyageur se désarme de son schéma de valeurs, il verra plutôt là l’opportunité inestimable de regarder la mort en face et de la reconsidérer. Un recul nécessaire sur une étape de l’Existence dont personne n’échappera. Une leçon de Vie en somme ou le 
paradoxe d’une ville Sainte qui désacralise la mort en la rendant moins taboo aux yeux du monde extérieur.
Encore faut-il être capable de bousculer sa propre vision de la Vie car finalement c’est bien de ça qu’il s’agit…

 

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