Reprendre les rênes de son existence tropicale

Parti il y a moins de vingt-quatre heures de Paris et son brouillard d’automne, c’est le visage cerné et les cheveux gras que l’on reprend sa place de l’autre côté du globe, en Thaïlande, baigné dans 32°C. Un moment particulier pour l’exilé où le corps est à destination mais l’esprit toujours en chemin. Les effets probables du voyage où en une journée à peine nous basculons d’une réalité à une autre comme si de rien n’était. Un retour sans préavis, dans un autre quotidien tout à réorganiser.

Six mois se sont écoulés depuis nos derniers jours passés ici. Cela paraît peu, mais six mois à l’échelle tropicale, c’est autant de liberté pour la Nature de reprendre ses droits là où l’Homme a déserté. Une grande récréation pour la gent animale qui s’est délectée des lieux pendant notre absence.
Ouvrir sa bicoque pour la première fois est un sentiment étrange, mélange d’excitation et d’inquiétude : qu’est ce que la Nature nous a cette fois réservé ? L’exilé de retour constatera que son foyer fut le théâtre d’une cohabitation quotidienne entre de nombreuses espèces venues trouver là le refuge idéal.
Mues de serpent, araignées séchées et nids d’abeilles, les indices ne manqueront jamais. Des œufs de geckos éclos dans le verre à brosses à dents, des merdes séchées de ces mêmes reptiles sur les murs de la cuisine, il n’existe pas meilleurs arguments pour confirmer à l’exilé déphasé que non il ne rêve pas, il est bien de retour.
Un groupe de chauves-souris se sera peut-être installé dans la salle de bain, manifestant sa crainte d’être ainsi dérangé. Quelques déjections soigneusement rassemblées en un ou deux points stratégiques de la pièce, les demoiselles resteront courtoises et libéreront l’espace une fois la nuit tombée. Un savoir vivre que ne connaissent pas les souris, pour ne pas dire les rats des champs, qui elles s’installent à long terme en dégradant tout ce qu’il y a à se mettre sous la dent, et ce peu importe le matériau impliqué. PVC, caoutchouc, plastique et même papier d’emballage et fils électriques, ces animaux n’ont peur de rien, au grand dam du type qui constate que son matelas a été sauvagement grignoté.
Si vous êtes chanceux, vous vous en sortirez avec de simples fientes éparpillés ici et là dans votre espace de vie, quelques nids de guêpes soigneusement construits sous votre lit ou dans les recoins de vos fenêtres et, pourquoi pas, un rat séché près de la bonbonne de gaz. Sans oublier les termites, une grande banalité, qui ne manqueront jamais de s’attaquer au bois qu’elles jugeront à leur goût.

Balai en main et torchon humide, les premiers jours sont ainsi dédiés au décrassage complet de son intérieur. Lessiver les murs, dégager les toiles d’araignées et déloger les cafards de notre placard seront quelques unes des activités incontournables ; suivies de près par la libération méthodique des accessoires de notre quotidien, rassemblés au milieu de la pièce dans trois boites en plastique soigneusement emballées.
Cachée sous une bâche poussiéreuse, patiente ici la matérialisation de notre existence locale. Bibelots, bouquins, fringues et ustensiles de cuisine, tous y attendent là leur grand retour à l’air libre, l’heure enfin venue de reprendre leur rôle pour une nouvelle saison.
Malgré l’emballage soigné, les vêtements auront tous cette odeur de renfermé, agression olfactive qui embarquera aussitôt l’exilé dans une grande croisade vers la propreté. A la main, il lavera slips en coton, t-shirt et pantalons d’été. Il frottera sur des tâches de moisi qui empiéteront sévèrement sur son joli t-shirt blanc, puis étendra le tout à l’extérieur, là où tapis et coussins prennent déjà le soleil.
Pendant une journée entière, les accessoires de notre vie trôneront dans le jardin avant de reprendre leur fonction pour les prochains mois. Même le matelas de la chambre, battu avec un balai, y trouvera sa place, posé sur le stipe d’un jeune cocotier. Les étagères en plastique de la cuisine sécheront à ses côtés tout comme la moustiquaire fraîchement lavée posée sur deux jeunes bananiers.

De son côté, le corps s’adaptera à son rythme au retour soudain de la chaleur, des moustiques et des plats régionaux. Basculer dans un climat tropical quand hier nous flânions près de la cheminée nécessite quelques jours d’adaptation à l’organisme qui ne sait plus quoi penser. Les yeux asséchés, le décalage horaire fera son effet et pourtant, il faudra réaménager sa vie avant de se laisser emporter par la nonchalance locale, comme si aucune mousson n’était venue la perturber.

Oui, bienvenue sous les tropiques ! 🌴😎

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