En allant faire ses courses

P1170184

Un chat noir et blanc qui s’étire entre les packs de lait, une mère qui donne le sein au petit dernier ou le grand fils qui s’exerce à la guitare assis sur la réserve à viandes : bienvenue dans l’épicerie locale.

L’épicerie est un confort récent, vingt ans tout au plus. Petit bouiboui de dépanne ou véritable commerce, l’île s’est peu à peu dotée de précieux points de ravitaillement organisés selon les standards locaux. Des bâtons d’encens aux sacs de riz en passant par la confiture et les produits ménagers, on y trouve de tout, même des spaghetti. Entreprise familiale, l’épicerie est une pièce du quotidien comme une autre où l’on expose sans complexe les souvenirs du foyer. La photo de la grand-mère décédée, les parents jeunes mariés, le petit dernier à l’âge de deux ans ou la grande en tenue officielle, tous auront leur place aux murs, comme cet autel dédié aux esprits disparus. Trois tiges d’encens, un peu d’eau, du riz et quelques fleurs, l’offrande sera régulière, le jour du Buddha, repère récurrent précautionneusement imprimé sur le calendrier national. Une façon de perpétuer le souvenir de l’Être disparu en sollicitant sa protection. Vous croiserez aussi sans mal le visage du Roi toujours niché quelque part dans la pièce. Un calendrier à son effigie ou une simple photo encadrée, afficher son souverain chez soi est une marque de dévotion partagée par tous. Une tradition suivie qui placera le monarque n’importe où, même au-dessus du rayon sodas.

Organisés en quelques étalages rongés par l’humidité, on pioche ici les besoins du jour, les produits manquants à l’instant T. Sans frigo sur lequel compter, on se réapprovisionnera au fil des nécessités, pour le repas de ce soir ou celui de demain. Ouvert sept jours sur sept, de sept heures à vingt-et-une heures, l’épicerie sera un carrefour de passage où se croiseront quotidiennement villageois, voyageurs habitués et touristes égarés. Un endroit restreint où tout est disponible dans un ordre établi que seule l’expérience permet de s’y retrouver.

P1160965

Un saut à l’épicerie débutera toujours par le devant de boutique, territoire conquis des fruits et légumes frais, là où l’air circulera toujours. Ananas, mangues, papaye, noix de coco, tous ont trouvé leur place sur l’étalage, glissés sous une lignée de bananes suspendues. Litchi, orange, mandarines et fruits exotiques saisonniers, le coin s’entichera de nouveaux produits selon les arrivages. Des fruits parfois rares qui disparaîtront plusieurs semaines avant de réapparaître un matin auprès d’une cagette d’oranges. Fruit du dragon, fruit de Jacque, salacca ou ramboutan, les étales changeront parfois de couleurs pour le plus grand bonheur des gourmands qui passeront ici au bon moment.

Cagettes d’échalotes, d’oignons et d’ail, les produits universaux ont trouvé leur place près des légumes frais exposés en vrac. On reconnaîtra le potiron, que l’on découpera soigneusement sur une planche en bois ou encore les internationales tomates conservées dans un bac tapissé du journal de la veille. Choux fleur, brocoli, concombre, patate, courgette, carotte, les nostalgiques de la cuisine occidentale y trouveront finalement leur compte.

A leurs pieds, viandes et poissons patientent dans de grands bacs en plastique, précieusement conservés près de la glace. Tous les deux jours, les glaçons seront renouvelés et de nouveaux produits attendront là leur tour d’être cuisinés. Calés à l’entrée du supermarché, la quête du blanc de poulet ou du poissons frais se fait rarement sans une excursion hasardeuse au fond du bac en question. Une tâche que je laisse volontiers à la jeune cousine qui se chargera de retrouver le produit désiré, planqué sous une chair de porc empaquetée et d’un sac de tofu (ici même où sont d’ailleurs stockées céleri en branche, menthe et coriandre fraîches !). Une balance mécanique à portée de main, elle découpera la quantité de chair voulue en vérifiant son poids, élément déterminant du prix à payer. Cinq cent grammes de poulet, cinquante baht (1€30).

P1160967

Le rayon frais balayé, on laissera ses claquettes à l’entrée pour pénétrer à l’intérieur de la boutique. Guère plus grande qu’une épicerie de dépanne, on trouvera ici les produits de consommation quotidiens qui se partageront la pièce selon un ordre établi.
Étalée entre la pâte à pancakes et les biscuits secs, la pharmacie locale sera un foutoir divertissant pour le visiteur qui s’y attarde un peu. On reconnaîtra la pilule Diane 35, vendue par plaquettes individuelles, 35 bath l’unité (1€). Si le Mercurochrome, la Bétadine, les pansements ou les compresses sont connus et identifiables, pour le reste, le logo restera l’unique chance pour l’étranger dans l’impasse de trouver le produit qu’il lui faut. Et encore, il faut pouvoir être optimiste.

Avec le temps, l’exilé connaîtra l’épicerie comme sa poche. Où sont rangés les sachets de sucre de fleurs de cocotier, le tabac à rouler ou encore les sacs de riz. La liste des courses bien en tête, il déambulera d’un pas décidé à la recherche des produits désirés. Sans chariot ni panier en plastique, les produits sélectionnés seront directement posés sur une table de bureau, transformée en caisse pour l’occasion. Une grosse calculette, une balance en fer, un tupperware dévissable comme tiroir-caisse et quelques sacs en plastique, l’opération finale se fera ici, en toute simplicité, sous le regard bienveillant du Roi, également exposé au-dessus du présentoir à cigarettes.     

Et si par malchance il y a des clients avant vous, vous attendrez alors votre tour, vos produits dans les bras, en bavardant peut-être avec Jean, le français, qui fait ici ses courses depuis plus de dix ans. Une conversation de routine pendant laquelle les protagonistes patienteront en caressant le chat de la famille qui ronronne déjà près d’une grosse bouteille de coca. 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s